26 août 2010 – Assis au premier rang de l’Université Hommes-Entreprises que j’organise avec mon équipe pour la 7ème fois, j’écoute religieusement le philosophe Luc Ferry (Officiel) sur le thème : « Quelles valeurs transmettre ? ».
« Plus personne ne veut se sacrifier »
L’ancien ministre de l’Education Nationale fait le constat que, aujourd’hui, plus personne ne serait prêt à mourir pour d’autres que pour sa famille : enfant, épouse, mari, montrant ainsi qu’en matière de transmission des valeurs, l’attachement de la patrie a vécu.
28 juillet 2026- Comme de nombreux Français, je suis avec intérêt et inquiétude les récits des pompiers, élus et habitants des régions de Gironde particulièrement touchées par les incendies incontrôlables.
Déjà 4 pompiers décédés ; constater que ces hommes courageux font mentir quelques années plus tard Luc Ferry n’est qu’une maigre consolation.
J’ai plutôt une immense gratitude pour ces hommes et ces femmes qui partent combattre les feux en sachant très bien que les terribles flammes sont à tout instant capables de les submerger et de les asphyxier.
Un terrible dilemne
Jean-Jacques Annaud avait très bien su raconter il y a 4 ans le terrible dilemme du général Jean-Claude Gallet : risquer la vie de ses hommes pour tenter une nouvelle fois de circonscrire l’incendie ou appliquer le fameux principe de précaution et laisser le bâtiment emblématique de l’histoire de la chrétienté française mourir lentement.
Il avait fallu l’intervention providentielle d’un de ses hommes, un pompier qui connaissait parfaitement l’architecture supérieure de Notre-Dame et qui était sûr, par un nouveau passage dans les infrastructures, de réussir à éteindre l’incendie qui s’attaquait aux poutres millénaires.
Le pari avait été gagnant.
Notre-Dame avait été sauvée.
42 000 hectares partis en fumé
Dans la lutte de nos pompiers, agriculteurs, bénévoles de tous horizons, le dilemme se représente. Mais déjà 42 000 hectares ont brûlé en Gironde, en seulement 8 jours.
Les média encensent les soldats du feu et ils ont bien raison. (espérons qu’ils s’en souviendront, si, d’aventure, le président Macron ordonne à nouveau de faire charger les forces de l’ordre à la prochaine manif…).
Mais ces marques de reconnaissances sont-elles suffisantes ?
Ne connaissent-ils pas une grande frustration de voir que peu de mesures demandées en 2022 n’ont pas été mises en œuvre par le gouvernement ?
Retour d’expérience
Le 30 novembre 2022, à la Maison Beaulieu, j’ai eu l’occasion d’animer un débat sur les incendies de l’été 2022, à la demande de l’Evêché de Bordeaux, en présence du maire de Landiras, Jean-Marc Pelletant, du commandant en second de la Région de gendarmerie de Nouvelle Aquitaine, le général Vincent Barbey et du sous-préfet de Langon, Vincent Ferrier, tous trois en première ligne lors des incendies.
Dans ma préparation de la table ronde, je m’étais noté soigneusement les points de vigilance, pour que ne se reproduise pas les mêmes catastrophes :
- forte sécheresse = surveillance accrue
- Combustible : opérer plus de coupes, notamment chez les propriétaires forestiers
- Moyens supplémentaires (véhicules, Canadairs)
- Moyens humains : pelotons de vigilance forêts
- Pédagogie vis-à-vis des promeneurs.
Les points 1 et 5 ont certainement été mis en œuvre, mais face à des inconscients qui fument sur de l’herbe transformée en paille, un véritable combustible ou d’autres qui préparent des barbecues sur des surfaces inflammables, que pèse la pédagogie ?
Les élus et pompiers qui se battent vaillamment retiendront probablement le manque de moyens aériens, qui permettent d’aller vite et en force sur les feux.
100 millions pour un Canadair équipé.
Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement, ne peut que se contenter d’un « les moyens ont massivement augmenté ».
Selon les chiffres de l’ancien Premier ministre Gabriel Attal, le budget secours-incendie a augmenté de 400 à 800 millions d’euros entre 2017 et 2025.
Mais quand on sait que le fer de lance de la lutte contre les feux de forêts, le Canadair, coûte à lui seul, entre 90 et 100 millions d’euros équipé, clé en main, équipage formé, on voit que ce budget était nettement insuffisant.
Epiloque
Le fameux « Quoi qu’il en coûte » macronien, alourdissant de 900 millions les dettes de l’Etat français, la mauvaise gestion d’un certain nombre de corps déconcentré de l’Etat et de collectivités (dont la Gironde), auront eu raison de projets de mesures importantes et ajustées pour sauver des vies précieuses de pompiers, protéger les habitations et sauvegarder notre patrimoine forestier, sans compter toutes les réactions en chaîne de ces incendies dévastateurs pour notre économie locale.
Espérons qu’à 9 mois des élections, les Français, qui ne manquent pourtant pas de bon sens, éliront enfin un gouvernement ayant les pieds sur terre et le sens du Bien commun.
merci à Anton Khmelnitsky (Unspash) pour la photo de couverture.