Novembre 1971.
Assis à mon pupitre, j’attends sagement les résultats de ma rédaction : « quel est votre héros préféré ? ».
La professeure de français de notre classe de 5ème du lycée Carnot à Paris remet ses copies et, à ma grande surprise, j’obtiens un inespéré 18/20 !
Plus tard, j’ai compris que cette bonne note, inhabituelle pour ma part en français, est en grande partie dû à l’homme politique qui aura durablement marqué les Français et que j’ai choisi comme sujet, un certain Charles de Gaulle !
Juillet 2026.
Bien que moins gaulliste que lors de mes 12 ans – les livres d’Hélie de Saint Marc sont passés par là- je me rends dès que possible au cinéma pour voir les deux volets du film d’Antonin Baudry, « La Bataille de Gaulle », à la fois pour passer un bon moment et parce que les critiques insistaient sur l’analyse psychologique des différents protagonistes, en particulier de Gaulle bien sûr, ce qui justifierait un film à lui tout seul, mais aussi Churchill et Roosevelt.
Les portraits soigneusement étudiés de ces trois leaders donnent encore plus de poids aux scènes de combat héroïques, en particulier la célèbre bataille de Bir-Hakeim où s’illustra le général Koenig et la bataille méconnue en Tunisie, de la ligne de Mareth, quand Leclerc, avec une audace inouïe, protège les flancs du général Montgomery lors de son offensive de mars 1943.
Un général inconnu.
Que l’on soit gaulliste ou non, Antonin Baudry nous montre clairement comment un homme seul, un général inconnu, réussi à mettre en œuvre une vision, celle d’une France qui, après une période de désolation, finira par triompher.
Seule cette vision, très claire pour lui, que la France n’est pas morte (vision de Roosevelt), qu’il est possible de reprendre le combat aux côtés des Anglais dans ses colonies à travers le monde, lui permet de convaincre d’abord Churchill, puis le peuple anglais et une partie des Français qui ont eu son message et qui ne se résignent pas aux paroles faussement rassurantes de Philippe Pétain.
Seule cette vision lui permet de se justifier auprès d’un Churchill, médusé, d’un : « Je suis la France ».
Un Premier ministre pragmatique.
Si de Gaulle doit une fière chandelle au chef du gouvernement britannique de lui avoir ouvert des crédits pour équiper les premiers volontaires et les entrainer, il ne peut que constater que Churchill est d’un pragmatisme trivial ; car dès lors qu’il a le choix entre les Américains, avec son potentiel illimité et un de Gaulle encore bien seul, il n’hésite pas à lâcher de Gaulle.
Sa vision à lui, c’est de gagner la guerre, donc de dire oui à Roosevelt et aux Américains et donc, non à l’infortuné de Gaulle
Très intéressant également est la posture de l’américain Roosevelt.
La France ayant perdu la guerre, elle n’existe plus.
Trouvons un simili-représentant de l’état français, Darlan, puis Giraud, qui administrera pour nous ce pays, comme sera administrée l’Allemagne, avec une monnaie fabriquée pour cette occasion !
Tout le talent de de Gaulle a été de faire face.
- Faire face sur le plan intérieur aux différentes factions rivales, des anciens pétainistes aux communistes, pour créer une résistance, puis un gouvernement provisoire unifié, un travail titanesque mené par Jean Moulin, qui va permettre au futur chef de la France libre de mettre en minorité Giraud.
- Faire face aux pétainistes qui ont mis sa tête à prix et qui risquent de ne pas accepter l’union nationale.
- Faire face à Roosevelt, qui, ayant adoubé Giraud, considère que de Gaulle est une denrée négligeable
- Faire face à Churchill, car, épousant la ligne politique de Roosevelt (clairement anti-française), il dépend entièrement de lui pour la logistique (notamment les moyens aériens).
Oui, de Gaulle a été l’homme providentiel de cette période de l’histoire de France.
Quel dommage qu’il n’ait pas eu la même clairvoyance quelques vingt années plus tard, lorsque s’est décidé le sort de l’Algérie française ?
Synopsis du film:
https://www.pathefilms.com/en/movies/la-bataille-de-gaulle-partie-2-j-ecris-ton-nom/
merci à Suzy Brooks pour l’illustration Unsplash